La dépression et le syndrome du stress post-traumatique chez les policiers

« Je me sens totalement épuisé, vidé. Je n’ai plus goût à quoi que ce soit. Je suis constamment triste et réagis parfois très violemment et de manière disproportionnée. Le monde devient terne, gris, je suis pessimiste quant à mon avenir et je me sens incompris. Je ne dors plus comme avant, ne mange plus comme avant, j’ai perdu ma libido. Je fais des cauchemars, j’ai des flashbacks, j’évite certaines situations, lieux ou personnes. Je suis facilement irritable ou submergé d’émotions. Parfois, le simple fait d’entendre, de voir ou de vivre quelque chose me replonge dans d’atroces souvenirs et déclenche des réactions physiques incontrôlables. Je suis constamment angoissé, j’ai l’impression d’étouffer. J’ai peur de tout et tente de prendre un maximum de précautions. J’ai l’impression qu’un événement terrible est sur le point de m’arriver. Ma situation familiale se dégrade. Mes proches ont remarqué un changement dans mon comportement. Je consomme davantage d’alcool, de cigarettes ou d’autres substances nocives. »

Si l’une de ces phrases vous parle, vous faites peut-être l’objet d’une dépression ou du syndrome du stress post-traumatique.

Quels sont ces problèmes liés au quotidien des forces de l’ordre ?

Nous allons essayer de comprendre de quoi il s’agit, comment déceler si l’on en souffre et que faire lorsque l’on tombe au fond du gouffre.

Pour rappel, je suis policier et n’ai aucune formation dans ce domaine. Je ne saurai prétendre expliquer ce phénomène. Il existe certainement déjà passablement d’études réalisées par des scientifiques et docteurs traitant de ce sujet. Je vous invite donc à les consulter afin d’en apprendre plus. Par cet article, j’aimerais vous (policiers mais aussi citoyens) sensibiliser à cette problématique, laquelle est bien plus présente qu’on ne pourrait le croire et qui peut avoir des conséquences dramatiques.

Avant de commencer, de quoi parle-t-on ?

Une recherche Google avec le terme « Dépression » nous donne le résultat suivant :

Trouble mental caractérisé par un état dépressif persistant ou une perte d’intérêt pour tout type d’activité, ce qui produit des effets très néfastes dans la vie quotidienne.

Ce trouble peut être causé par une détresse qui peut être à la fois biologique, psychologique et sociale. De plus en plus, les études montrent que ces facteurs peuvent entraîner des modifications dans le fonctionnement du cerveau, y compris un changement dans l’activité de certains circuits neuronaux.
Le sentiment persistant de tristesse ou la perte d’intérêt qui caractérise une dépression majeure peut provoquer une série de symptômes physiques et comportementaux. Ceux-ci peuvent être des troubles du sommeil, une perte d’appétit, une baisse d’énergie, une concentration altérée, un changement de comportement au quotidien ou une faible estime de soi. La dépression peut également être associée à des pensées suicidaires.


La même chose avec « syndrome du stress post-traumatique (SSPT) » ou « PostTraumatic Stress Disorder (PTSD) » en anglais :

Trouble caractérisé par une incapacité à récupérer après avoir vécu un événement terrifiant ou en avoir été témoin.

La maladie peut durer plusieurs mois ou plusieurs années, avec des événements déclencheurs faisant resurgir des souvenirs du traumatisme, et qui s’accompagnent de réactions émotionnelles et physiques intenses.Les symptômes possibles sont les cauchemars et les flashbacks, l’évitement des situations qui font resurgir le traumatisme, une réactivité exacerbée aux stimuli, l’anxiété ou l’humeur dépressive.

Les chiffres sont difficiles à évaluer, mais pour vous donner une idée, environ 6% de la population occidentale souffrirait de dépression contre 12% chez les policiers. Quant au PTSD, 7 à 8% de la population américaine en serait affecté contre 19% à 34% chez les policiers !

Aux Etats-Unis, 1 policier sur 4 aurait eu des pensées suicidaires au cours de sa vie. D’ailleurs, le taux de suicide chez les policiers est 4 fois plus élevé que chez les pompiers.

De manière générale, les policiers ont un taux de dépression, PTSD, burnout et anxiété bien plus élevé que le reste de la population.

N’importe qui peut souffrir de cela, mais la raison principale qui expliquerait un taux aussi élevé chez les policiers est que nous sommes en permanence confrontés à la mort et à la destruction. De plus, notre travail nous permet de voir l’envers du décor, lequel est plutôt inquiétant.

« La dépression n’est pas un signe de faiblesse, mais plutôt la preuve que l’on a été fort, bien trop longtemps. »

Comment voit-on le monde lorsque l'on souffre de dépression.
Cette image tente d’illustrer comment le monde est perçu par quelqu’un souffrant de PTSD ou dépression.

De quoi s’agit-il concrètement ?

Que ce soit la dépression comme le PTSD, il s’agit d’un véritable phénomène chimique au sein du cerveau. C’est donc bien réel et observable avec un scanner. Par conséquent, ne pensez pas que c’est imaginaire, que vous êtes fou ou que ce que vous ressentez n’est pas légitime.

Cette souffrance est bien réelle. Et c’est parfois là qu’est le problème. La société connaît mal cette maladie. Les gens pensent à tort que quelqu’un qui est en arrêt maladie pour dépression n’est pas malade mais qu’il veut juste profiter du système. Du coup, on a peur de l’image que l’on renverra auprès des collègues. Si on n’est pas faible, alors on est profiteur. Difficile de gérer ça, en plus du trouble lui-même.

Retenez donc que la dépression et le syndrome du stress post-traumatique sont des phénomènes bien réels et reconnus en tant que tels.

Admettre que l’on souffre de cela est le premier pas vers la guérison mais c’est à la fois le pas le plus important et le plus difficile.

Sachez également que vous pouvez probablement continuer de travailler tout en vous soignant. Un arrêt maladie n’est, selon les cas, pas forcément indispensable. Le travail de policier n’est pas non plus forcément incompatibles avec ces troubles. Il est vrai que l’on pourrait avoir peur de perdre sa place. Eh bien sachez qu’en principe, ça ne devrait pas arriver. Evidemment je ne peux pas affirmer cela car ça dépend de la politique de votre employeur et de l’intensité du trouble auquel vous faîtes face, mais dans tous les cas, il faut vous soigner. Inquiétez vous de votre santé, c’est ce qui est important. Si votre santé est bonne, ou sur le point de le devenir, il n’y a pas de raison que vous perdiez votre place de travail.

Le Syndrome du stress post-traumatique survient après avoir vécu un ou plusieurs événements particulièrement stressants ou traumatisants, souvent en lien avec la mort. Le corps tente par divers mécanismes d’assimiler tout ce qu’il a vécu, en vain. Dès lors, des réactions et des émotions ressortent à l’état brut, comme lors de l’évènement, même des années plus tard. Cela se traduit par des réactions fortes et incontrôlables comme des tremblements, sueurs, flashbacks, pleurs, angoisses, etc. Cela peut se produire quelques mois, voire quelques années après l’événement traumatisant.

On dit que c’est une réaction normale à un événement anormal. Il s’agit d’un mécanisme de défense mis en place par votre corps pour faire face à ce que vous avez vécu.

Souvent, une situation, un lieu, une personne, même une odeur ou n’importe quoi rappelant l’évènement traumatisant peut faire ressurgir ces émotions à l’état brut. C’est ce qu’on appelle des déclencheurs.

Le stress post-traumatique n’est pas une maladie ! C’est une blessure psychologique. Au même titre que l’on peut se blesser physiquement en portant un meuble trop lourd, on peut aussi se blesser psychologiquement. Une personne souffrant d’un stress post-traumatique n’est donc pas plus faible qu’une autre personne s’étant blessée physiquement.

Lorsque l’on vit un événement qui sort de l’ordinaire, généralement en lien avec la mort, le corps subit un stress particulier. Si ce stress devient trop important, et qu’en plus, l’événement résonne avec votre parcours de vie ou vos valeurs, ce stress se transforme en trauma. La fameuse blessure.

En situation normale, le stress s’estompe peu à peu avec le temps, sans laisser de séquelle. La situation revient à la normale et la vie reprend son cours. Dans le cadre d’un trauma, cet événement s’est immiscé tellement profondément en vous, que même lorsque la situation revient à la normale, quelque chose reste en vous. Comme une petite graine, votre PTSD est là et s’est installé en vous. Il fait partie de vous et ne s’en ira à priori jamais. Il s’agira donc d’apprendre à gérer cela pour, à terme, vivre presque normalement.

Le schéma ci-dessous tente d’illustrer la différence entre un stress normal et un trauma.

Quant à la dépression, cela peut être le résultat d’une trop longue exposition à la négativité, la souffrance et la destruction qui habite ce monde. Par ailleurs, les policiers ont accès à l’envers du décor, au visage sombre de la société. Là où règne le mal et l’injustice.

En découle notamment une perte de motivation et d’espoir pour le futur. Le monde devient gris, fade, sombre. L’avenir n’est plus si radieux et on appréhende de s’y rendre. Une tristesse profonde nous envahit. Ce ne sont que des exemples, cela peut prendre différentes formes.

Dans des cas extrêmes, ces troubles peuvent mener au suicide. Rappelez vous que cet acte n’est pas anodin, qu’il est irréversible et que ce n’est en aucun cas une solution. Il existe d’autres moyens de soulager votre souffrance. Si vous en ressentez le besoin n’hésitez pas à contacter l’un des organismes d’aide de votre région (des liens se trouvent plus bas), votre psychologue, vos amis, votre famille.

Vous pouvez également me contacter, je suis neutre et je connais la problématique de ces troubles liés à notre travail. Vous n’avez pas besoin de porter ce fardeau seul.

Déceler les symptômes

Les symptômes du PTSD peuvent être physique, émotionnels, comportementaux ou intellectuels. C’est une réaction qui agit sur l’entier de votre personne :

  • Comportementaux : irritabilité, agitation, comportement autodestructeur, hostilité ou hypervigilance
  • Psychologiques : flashbacks, anxiété sévère, méfiance ou peur
  • Humeur : perte d’intérêt ou de plaisir à effectuer diverses activités, culpabilité ou solitude
  • Sommeil : cauchemars ou insomnie
  • Autres symptômes courants : détachement émotionnel ou pensées indésirables

Concernant la dépression, il faut faire la différence entre un simple coup de cafard ou une déprime passagère avec la dépression au sens clinique du terme. Si vous ressentez certains de ces symptômes pendant la plupart du temps de votre journée, et ce sur une période d’au moins plusieurs semaines, alors vous subissez peut-être une dépression.

Symptômes de la dépression :

  • tristesse intense, hypersensibilité
  • diminution ou absence d’intérêt ou de plaisir
  • troubles alimentaires : perte d’appétit et de poids ou, à l’inverse, boulimie
  • troubles du sommeil : insomnie ou, au contraire, tendance à trop dormir
  • fatigue et perte d’énergie, même sans effort particulier
  • sentiment de culpabilité ou de dévalorisation
  • difficulté de concentration, ralentissement intellectuel
  • idées funestes

Vous pouvez également faire le test de Beck afin d’avoir une idée d’où vous vous situez en terme de dépression. Il s’agit d’un test indicatif établi par le psychiatre Aaron Beck que vous pouvez trouver ici : Test de Beck.

Si vous pensez souffrir d’une dépression ou du syndrome du stres post-traumatique, consultez un professionnel dans les meilleurs délais.

Que faire si l’on se rend compte être touché par cette problématique ?

Pour commencer, sachez que vous n’êtes pas obligés de vivre avec ce trouble tout le reste de votre vie. Il est possible d’en guérir et vous avez le droit de vivre normalement, sans porter ce fardeau. Même si vous avez vécu une expérience traumatisante, le fait de guérir ne va pas annuler ce qui s’est passé. Vous allez simplement apprendre à mieux gérer ces émotions et ce stress. Vous allez pouvoir appréhender la vie plus sereinement.

Ne culpabilisez pas. Vous avez le droit de vous sentir bien.

Se faire aider par un professionnel

C’est évidemment la première chose à faire. Prenez rendez-vous avec un psychologue. Il vous écoutera et vous aidera à mieux comprendre ce que vous vivez. Il vous aiguillera vers le meilleur chemin menant à la guérison.

Certains de nos employeurs peuvent mettre un psychologue à disposition. L’avantage est que ce praticien a l’habitude de travailler avec des policiers et connaît donc nos problématiques. Ces entretiens peuvent se faire sur le temps de service et à la charge de l’employeur. Renseignez vous auprès de votre hiérarchie afin de savoir ce à quoi vous avez le droit.

Si vous prenez un psychologue externe, les frais peuvent éventuellement être en partie pris en charge par votre assurance maladie. Renseignez-vous également afin de savoir ce qu’il en est.

Les groupes de soutien

Lorsque l’on est atteint de tels troubles, ce dont on a également besoin est de se confier, parler. Qu’une tierce personne entende et comprenne ce que vous traversez.

Se confier à son conjoint, sa famille ou ses amis peut se révéler difficile. En effet, les révélations que vous pourriez leur faire pourraient nuire à votre relation. Tout le monde n’est pas capable de supporter cela. Certains préféreront vous tourner le dos ou vous regarderont d’une toute autre manière.

Si dans votre entourage, personne n’a les épaules pour entendre ce que vous avez à dire, il existe des groupes de soutien. En général conduit par quelqu’un qui maîtrise le sujet, ce groupe se compose de plusieurs personnes souffrant du même type de troubles avec qui vous pourrez échanger. Il existe des groupes de soutien gratuits et anonymes.

Pour en trouver dans votre région, consultez les liens suivants :

Si vous êtes policier, notre club offre un espace d’échange autour de ce sujet.

Activités hors cadre professionnel

Une piste pour vous aider à mieux vivre avec une dépression ou un stres post-traumatique est de vous changer les idées. Sortez, voyagez, lisez, faites du sport, faites autre chose, une activité saine et hors cadre professionnel. Si vous aimiez faire quelque chose par le passé remettez vous-y. Cela vous fera du bien, cela vous sortira du contexte négatif et vous permettra de vous reposer.

Vous n’allez pas guérir, mais vous aurez plus d’énergie pour affronter ce monstre qui vous tient.

Prenez garde tout de même de ne pas vous noyer dans cette activité. Il s’agit d’un échappatoire temporaire afin de vous ressourcer. Soyez attentifs de ne pas vous y perdre.

Évitez également toutes les activités nocives notamment comme l’alcool, les produits stupéfiants, le tabac et les médicaments.

Conclusion

La dépression et le syndrome du stress post-traumatique sont souvent liés. S’ils peuvent survenir chez n’importe qui, les policiers sont plus exposés que le reste de la population. Il s’agit d’un trouble récemment découvert que l’on ne comprend pas encore pleinement et il est sous diagnostiqué. Il en résulte que la population a une mauvaise opinion des gens qui en souffrent, pensant qu’ils profitent simplement du système tout en minimisant la souffrance.

Il s’agit pourtant d’un phénomène tout à fait réel et observable chimiquement. S’il n’est pas suivi, ce trouble peut avoir des conséquences dramatiques, comme la mort.

D’ailleurs, les policiers sont équipés d’armes et de gilet pare-balles afin de faire face à toutes les situations, même les plus dangereuses. Pourtant, ces policiers meurent plus souvent de ce trouble que par la main de leur adversaire.

Il est donc important de déceler ces troubles, de les accepter et de se faire aider. La plus grande difficulté consiste à reconnaître que l’on en souffre.

Votre souffrance est réelle, mais vous pouvez apprendre à la gérer.

Des policiers témoignent

On en parle au cinéma

Il existe plusieurs films qui traitent du stress post-traumatique, mais nous vous conseillons « Man Down » et « Amercian Sniper » qui sortent du lot.

En savoir plus

Aller plus loin : Dépression : les signes qui doivent alerter, Le Stress Post-Traumatique, LePsychologue.be

Sources : SanteRomande, Nami.org, PTSD.va.gov, PsychologyToday

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